La petite pièce de tissu


Il était une fois, une petite Pièce de Tissu rapiécée sur le Manteau beau et parfait d’une petite fille.

La petite Pièce ne se rappellait plus comment elle y était arrivée. Tout ce qu’elle savait c’est qu’à partir du moment où elle s’était trouvée sur ce Manteau, elle ne se sentait pas à sa place. Comme si elle était un morceau de tissu étranger, rétréci et secoué de tous les côtés.

Et le beau Manteau, dès qu’il s’est retrouvé avec la Pièce de tissu se mit à bouder, à gonfler et à gronder la petite Pièce :

– Mais quelle horrible pièce! Comment oses-tu être rapiéçée sur mon beau matériel ? Regarde-toi ! Tu es toute sale et chiffonnée ! Tiens-toi droite sinon tu vas ruiner ma tenue ! Oh la honte, comment vais-je sortir avec toi dans cet état-là?

Pauvre petite Pièce de tissu, elle se sentait si moche. Elle avait envie d’être une petite boule et se cacher honteuse dans la poche. Et peu importe ses efforts pour mieux s’arranger et lisser ses bords, c’était en vain, le Manteau était toujours mécontent. Il secouait et brusquait la petite Pièce comme s’il voulait la punir et se débarasser d’elle.

– Je ne sais pas ce que tu fais ici rapiécée sur moi ! Je suis un Manteau d’un riche matériel et de couleur différente, tu ne me ressembles pas du tout, tu es sale, chiffonnée et mal cousue !

Et la petite Pièce tremblait et se blotissait dans les points de la couture. Elle avait si peur d’être jetée et devenir la Pièce de tissu de personne et de nulle part.

Un jour, lorsque le Manteau était dehors pour faire une promenade, une pluie forte s’est mise à tomber. Le vent soufflait de tous les côtés et gonflait le Manteau à le faire s’envoler !

Et la petite Pièce toute mouillée, oubliée par le Manteau, commença à se décrocher petit à petit des points de la couture. Elle flottait au vent et se débattait accrochée à un petit coin de tissu risquant à tout moment de tomber.

Elle s’est blottie en elle-même et elle a réussi avec peine à tenir jusqu’à la maison.

Lorsque la petite fille a voulu ranger le manteau, elle a vu la Pièce accrochée tristement d’un seul coin. Elle l’a détachée complètement et l’a prise dans ses petites mains :

– Mais qu’est-ce qui s’est passé ici ?

Elle a frotté la petite Pièce refroidie et l’a réchauffée dans les mains, l’a prise tendrement dans les bras et lui a chuchotté :

– Tu as dû avoir très peur de tomber du Manteau…

La petite Pièce frissonna d’émotion et se replia frileusement au creux de la main de la petite fille.

– Pauvre petite Pièce de tissu, la pluie t’as effrayée. Le Manteau ne faisait attention qu’à lui pour ne pas s’envoler et luttait contre le vent et il n’a pas vu que tu allais tomber…

Et pendant qu’elle lui parlait, la petite fille arrangeait doucement la petite Pièce de tissu sur le Manteau fatigué pour la rapiécer.

– Et si je te disais que le Manteau a son histoire à lui ? continua la petite fille. Tu sais, ce Manteau vient d’un magasin très chic et sérieux où tous les manteaux devaient rester droits et parfaits sur le porte-manteau !

Si jamais un manteau avait une pluche ou un flocon de poussière aussi petit fût-il, c’était horrible ! Le manteau était retiré du cintre et jeté immédiatement hors du magasin ! Et ce Manteau pendant qu’il était trimballé dans le magasin s’est agrippé au coin d’une table et s’est déchiré. Il a tressailli de peur et de honte car si le vendeur avait remarqué la déchirure, il l’aurait jeté tout de suite dehors !

Et dès lors, le Manteau a dû rester figé et caché parmi les autres manteaux sur le porte-manteau, jusqu’à ce que mes yeux se posent sur lui. Je l’ai acheté et emmené à la maison car je le trouvais le plus beau et le plus merveilleux Manteau du monde même s’il avait un petit trou.

Mais le Manteau avait gardé cette peur d’ être découvert. Il avait toujours l’impression de ne pas être parfait, il se sentait moche et inaccepté. Et toi, petite Pièce de Tissu, parce que tu étais rapiécée sur son trou, tu lui rappellais toujours sa peur et sa honte.

La fillette ajusta le matériel de la petite Pièce sur le matériel du Manteau, elle commença à coudre avec patience, en la regardant et la caressant avec tant d’amour que la petite Pièce de Tissu frémit d’émotion à travers ses doigts.

– Mais tu vois, ça c’est l’histoire du Manteau et sa douleur n’a rien à voir avec toi mais avec sa propre histoire !

Une Pièce de tissu est toujours rapiécée sur le Manteau qui lui convient !

Et toi, tu as été rapiécée sur ce Manteau justement pour te rappeller que tu es la chose la plus belle et brillante où que tu te trouves !

Et le Manteau reçoit exactement la pièce de tissu qui lui convient ! Car lui aussi, il a besoin de se rappeller qu’il est merveilleux tel qu’il a été créé et aucune pièce ne peut le rendre imparfait !

La petite fille termina de rapiécer la Pièce de tissu, la regarda contente et la lissa tendrement de la main.

Et depuis, à chaque fois que le Manteau commençait à crier et gronder, la petite Pièce de tissu le regardait avec compréhension : « Pauvre Manteau, il se souvient encore de son histoire à lui. » Et elle essayait à travers les points de sa couture de saisir le Manteau dans ses bras. Elle se rappellait que le Manteau avait sa propre histoire à lui et elle, elle était une Pièce de tissu merveilleuse sur un Manteau merveilleux !

Et quelque chose d’étrange arriva, c’était comme si le Manteau sentait le regard gentil de la Pièce et commençait peu à peu à devenir ce que la Pièce voyait en lui : la chose la plus merveilleuse et parfaite au monde !

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