La petite fille et la goutte de pluie


Il était une fois,

Une petite fille qui au lieu de grandir comme tous les enfants avait l’impression de rétrécir et de devenir de plus en plus petite.
Depuis toujours, la petite fille avait du mal à dire ce qu’elle voulait. Elle ouvrait la bouche mais les mots semblaient devenir fous, se poussaient les uns les autres, trébuchaient et restaient bloqués dans sa gorge !

Un jour, elle vit sur le chemin un vendeur de sucettes rondes de toutes les couleurs et de tous les arômes possibles ! Oh comme elle aurait bien aimé une sucette à la fraise mais … comment le dire ? Personne ne l’aurait écoutée ! Sa maman la tira en hâte par la main. La tête tournée en arrière, la petite fille regarda longuement le marchand et la sucette qui s’éloignaient.

Une autre fois, elle était invitée à une fête et elle reçut une tranche de gâteau anniversaire. La petite fille regarda son assiette et celles des autres enfants. Tous avaient des fleurs sur leur gâteau, elle était la seule à ne pas en avoir. Mais, elle ne dit rien… elle resta immobile, l’assiette devant elle et les yeux perdus dans le gâteau comme si elle n’exsitait plus et le gâteau non plus !

A l’école, parmi les autres enfants, elle avait toujours l’impression de se transformer en un petit pois de myrtille qui risquait d’être écrasé par des chaussures géantes. Il lui semblait qu’il y avait tant de bruit autour d’elle, que tous parlaient si fort et deviennent des géants alors que’elle rétrécissait et disparaissait.

Elle croyait que si elle disait quelque chose, les mots allaient courir et s’essouffler sans arriver nulle part et qu’ils disparaîtraient dans l’air. Elle se sentait trop petite dans un monde trop grand, dans un monde qui bougeait sans cesse où elle n’était ni vue ni écoutée.

Parfois, quand trop de mots se bloquaient dans sa gorge, elle avait si mal que des larmes géantes coulaient le long de ses petites joues. Elle collait alors son visage à la fenêtre et regardait tomber la pluie. Ses larmes coulaient en même temps que les gouttes de pluie le long de la fenêtre, comme si ses larmes et les gouttes étaient la même pluie.

– Pourquoi pleures-tu ? lui chuchota un jour la Pluie à la fenêtre.
– Parce que personne ne me voit, personne ne m’écoute, répondit la petite fille.
La Pluie commença à cogner doucement sur la fenêtre Pic Pic Pic comme si elle voulait prendre la petite fille dans ses bras et l’entourer de ses gouttes. Et la Pluie commença à lui chuchoter une histoire :
« Il était une fois une Goutte de Pluie parmi d’autres gouttes de pluie.
Elle s’était à peine formée dans le nuage gris et sautillait avec impatience pour commencer son chemin vers la terre. Elle était si curieuse de découvrir le monde et la vie sur la terre qu’elle se précipita en hâte vers le bas. Mais lorsqu’elle vit le nombre immense de gouttes identiques à elle qui dansaient joyeusement autour d’elle, elle s’effraya et s’inquiéta. Il y avait tellement de gouttes de pluie tout comme elle et elle était pareille aux autres gouttes, comment allait-elle être reconnue ?
Et cette goutte de pluie qui croyait ne pas être vue ni écoutée, tomba directement sur le capuchon d’une petite fille qui elle aussi croyait n’être ni vue ni écoutée.
Mais la petite fille ne pensait qu’à ses malheurs, elle continuait à pleurer et ne regardait pas la goutte de pluie. Accrochée au capuchon, juste devant les yeux de la petite fille, la goutte se balança, sauta et dansa afin d’être enfin remarquée.
– Oh j’ai fait un si long chemin du ciel jusqu’ici et personne ne me regarde ! soupira tristement la goutte de pluie.
Et elle devint de plus en plus petite, se décrocha du capuchon, coula devant les yeux de la petite fille et tomba sur le sol en se mélangeant aux autres gouttes de pluie.
La petite fille et la goutte de pluie étaient si préoccupées et inquiètes par peur de ne pas être remarquées qu’elles n’arrrivaient pas à se voir elles-mêmes ! »

– Oh, pauvre goutte de pluie, chuchota la petite fille à la fenêtre. Tu veux dire que si la goutte de pluie n’avait pas été si préoccupée par l’indifférence des autres à son égard, la goutte aurait pu se voir et s’écouter elle-même ?
– Exactement ! répondit la Pluie. Et si la petite fille n’avait pas été si préoccupée par le fait que les autres ne la voient pas, elle aurait pu se voir et s’écouter elle-même !
– Ah je comprends ce que tu viens de dire ! répondit la petite fille. Si elle n’avait pas vu ni entendu la goutte de pluie, cela ne veut pas dire que la goutte n’existait pas.
– Exactement ! Chacun entend et voit ce qu’il peut à ce moment-là ! Mais cela ne veut pas dire que ce qu’il ne voit ou n’entend pas, n’existe pas !
La petite fille leva les yeux, il lui vint une idée !
– Donc le secret est de m’écouter moi-même ! Et lorsque je veux quelque chose mais je n’arrive pas à le dire, je pourrais l’écrire sur une feuille de papier ! Ou bien faire un dessin avec ce dont j’ai besoin !
– Et comme ça, les autres vont t’écouter ! répondit la Pluie.

Et depuis, à chaque fois que la petite fille voulait dire quelque chose mais que les mots restaient coinçés, elle se souvenait de la goutte de pluie qui croyait n’être ni vue ni écoutée.

Car si la goutte avait su s’écouter, elle aurait compris qu’elle était la Pluie entière.

Fin

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