Oh la honte!


Il était une fois,

Un petit enfant comme tous les enfants qui s’appellait Marco.
Un jour, Marco avait reçu une glace colorée et il la mangeait vite vite pour qu’elle ne fonde pas. Hmm c’était une glace délicieuse, il faisait tourner le cornet entre ses doigts et le passait d’une main à l’autre jusqu’à ce que hélas la glace lui glissa entre les doigts et tomba sur le sol avec le cornet retourné !

Marco entendit une Voix crier :

«- Oh, la honte !!! Tu n’es pas capable de tenir une glace ! Tu n’en reçois pas d’autre !»
Et lorsqu’il entendait cette Voix, Marco avait l’impression que la glace commençait à fondre de plus en plus et se transformait en un lac de glace fondue autour de lui.
Et la nuit tomba !

Le matin, lorsqu’il prenait son petit-déjeuner, Marco savourait une tasse de lait au miel. Hmm comme c’était bon et chaud. Il fermait les yeux et sentait la tasse toute chaude entre ses mains.
Mais hélas, la tasse lui glissa des mains et se renversa sur la table !
Il entendit à nouveau la Voix :
«- Oh la honte ! Combien de fois dois-je te dire de faire attention ? Tu n’es même pas capable de tenir une tasse !»

Et lorsqu’il entendait cette Voix, Marco avait l’impression que le lait coulait comme une rivière blanche sur ses vêtements, sur la chaise, par terre, sur les vitres, sur les toits des maisons et dans les rues !
Et la nuit tomba !

Un autre jour, Marco prenait son dîner. Il avait si faim que ses mains se jetaient sur ses tartines et s’agitaient dans tous les sens jusqu’à ce que hélas, la sauce de ketchup jaillit directement sur son nez et s’étala sur sa blouse toute blanche !

«- Oh la Honte !!! résonna la Voix. Quand est-ce que tu vas apprendre à manger ?»
Et quand il entendait cette Voix, il avait l’impression que la sauce coulait sur ses vêtements, par terre, sur les murs, sur le plafond et tout devenait rouge autour de lui. Même les nuages blancs devenaient des nuages de ketchup !
Et la nuit tomba à nouveau !

Une autre fois, Marco était en classe de peinture. C’était son moment préféré. Il aimait tellement mélanger les couleurs sur la feuille qu’il ne voyait plus rien autour de lui. Mais hélas par erreur, il renversa le verre d’eau, toute l’eau se mélangea à l’aquarelle et toutes les couleurs commencèrent à couler sur les feuilles et le long de la table !
«- Oh la Honte !!! tonna comme un coup de foudre la Voix ! Tu n’es même pas capable de faire de la peinture !»
Et quand il entendait la Voix, Marco avait l’impression que l’aquarelle dégoulinait par terre et sous la porte et que des rivières d’aquarelle coulaient le long de la rue, sur les bancs, sur les maisons et le monde entier était peint en couleurs.
Et la nuit tomba !

Un jour, Marco reçut une merveilleuse lanterne, toute petite et brillante qui éclairait partout où il voulait. Son cœur se remplit de joie car c’était exactement la lanterne qu’il voulait. Mais à peine avait-il appuyé sur le bouton que la lanterne s’alluma deux ou trois fois et se cassa !
«- Oh la Honte !» fulmina à nouveau la Voix ! «Tout ce que tu touches, tu casses !»

Et quand il entendait cette Voix, Marco avait l’impression que des lanternes cassées, des tasses brisées, des crayons et des cartables abîmés apparaissaient partout. La maison entière débordait de portes qui ne se refermaient plus, de feutres séchés qui n’écrivaient plus, de boutons tombés qui ne fermaient plus les pantalons. Le monde entier débordait de choses cassées !

Et la Voix continuait :
«- Tu n’est qu’un bon à rien ! Tes mains ne savent que casser !»
Marco regardait ses mains comme si elles n’étaient pas à lui, il les frottait et il ne savait pas quoi en faire ni où les mettre.
«- Tu ne vaux rien ! Et dorénavant, tu ne reçois plus rien!»

Marco regardait de tous les côtés comme s’il ne savait pas où se trouvait sa place, comme s’il n’existait aucun endroit pour lui. Il ne savait pas quoi faire de ses mains, de ses pieds et il croyait ne mériter aucune place.

«- Laisse-moi passer pour ramasser ce que tu as détruit !» cria la Voix.

Et pendant que le monde entier s’affairait à nettoyer, à ramasser et à réparer, Marco fermait les yeux honteux et restait debout figé. Il avait l’impression que rien de ce qu’il faisait n’était bien, qu’il gâchait tout, que lui était gâché.

«- Quand est-ce que tu vas grandir pour comprendre ?» résonna la Voix comme dans un rêve.
Et la nuit tomba à nouveau.

– Allume la Lumière en Toi ! chuchota une Voix venant d’en haut. Et à cet instant, le Lampadaire contre lequel Marco était appuyé, s’alluma d’un coup !

– Qui es-tu ? demanda l’enfant.
– Il y a bien logntemps je croyais n’être rien …
– Mais je vois que tu es un Lampadaire, répondit timidement Marco.
– Oui c’est comme ça qu’on m’appelle ! Mais à cette époque je croyais n’être qu’un lampadaire inutile, un bon à rien…
– Même si tu illuminais les rues ?
– Oui même si j’illuminais les rues car je ne voyais rien des belles choses que je faisais. J’avais l’impression que le jour était si long et que je restais figé et bloqué dans le sol sans rien faire. Que j’aurais dû faire quelque chose de vraiment spécial pour mériter la place où j’étais installé. Alors, le soir, quand je devais éclairer les rues, je m’efforçais de donner la lumière la plus forte par peur d’être jeté. J’avais tellement peur d’être enlevé que j’étais le premier à m’allumer et à briller plus fort que tous les lampadaires de la rue.

Jusqu’au jour où je fus fatigué et ma lumière faiblit car je n’avais plus d’énergie. Les gens et les voitures passaient à côté de moi et je clignotais et soupirais :
– Je ne fais rien de toute la journée, je ne fais rien d’important, je ne suis qu’un lampadaire inutile…

Mais un jour, au crépuscule, le Soleil cogna à ma vitre, me chauffa de ses rayons et me dit :
– Ma lumière brille à travers toi ! Le ciel bleu, les nuages, les oiseaux et les gens se reflètent à travers toi !
– Oh je n’y ai jamais pensé… ai-je répondu au Soleil.
– La Vie entière se voit à travers toi mais Toi, te vois-tu toi-même ?
– Mais comment me voir ? ai-je demandé au Soleil.

– Allume la lumière en toi et regarde-toi ! Regarde comme tu es beau et merveilleux !

Et pour la première fois, j’ai allumé la lumière non pas pour les autres ou pour illuminer les rues mais pour me voir enfin tel que je suis ! Et le Soleil continua de me parler :
– Tu ne dois rien faire de spécial pour mériter ta place sur la terre ! Tu es déjà spécial rien que parce que Tu es ICI !

Et depuis, j’ai aimé ma propre lumière et j’ai compris que je ne suis pas un Lampadaire inutile mais un Soleil de lumière !

– C’est ce que je viens te dire à toi petit Enfant :
« Allume la lumière en toi et regarde-toi ! Vois comme tu es beau et merveilleux ! »

– Mais que dis-tu… tu as une ampoule à l’intérieur, moi je n’ai rien, répondit Marco.
– Mais si! Là où tu dirriges ton attention, c’est là que ta lumière s’allume !
– Que veux-tu dire ?
– Tu crois que si la petite lanterne s’est cassée, tu t’es cassé toi-aussi ? Tu crois que si la glace a fondu, tu as fondu avec elle ? Et si la bouteille de lait s’est renversée et s’est vidée, tu as disparu toi-aussi ?
– Je ne sais pas…
– Allume la lumière et regarde bien autour de toi ! Que vois-tu ? Combien de lait y-a-t-il en vérité dans une tasse ? Combien de glace y-a-t-il dans un cornet ou d’aquarelle dans un tube ?
– Tant que cela rentre dans une tasse, un cornet ou un tube de peinture…
– C’est exact ! Donc ça peut être ramassé, nettoyé ou réparé ?
– Oui … ce n’est pas si énorme et difficile qu’il me semblait, répondit Marco.
– Toute erreur peut être réparée ! Tu n’est pas l’erreur, tu es à côté de l’erreur !
– Tu veux dire que moi je suis différent de la glace fondue, du lait versé et de la lanterne cassée ? Que je ne disparais pas en même temps que les choses cassées ?
– Où es-tu petit Enfant ? A l’intérieur des choses ou en toi-même ?
– En moi-même…
– Te semble-t-il que le Soleil brille moins fort pour celui qui fait des erreurs ou avance plus lentement ?
– Non … Il brille aussi fort pour tout le monde, répondit Marco en levant les yeux avec enthousiasme.
– Alors sois un Soleil pour toi ! Allume la lumière en toi et non pas sur tes erreurs ! Aime-toi et brille pour toi surtout quand tu fais des erreurs !

Car peu importe si tu fais beaucoup de choses, belles et parfaites. Si tu ne les vois pas, tu éclaircis seulement les erreurs.

– Et je vais te dire un secret, clignota joyeusement le Lampadaire :
Lorsque tu allumes la Lumière en toi-même, tu peux la voir dans les autres aussi ! Et tu verras comme les autres sont beaux et merveilleux, c’est juste que parfois ils deviennent trop petits devant une goutte de lait renversée.

Et depuis, à chaque fois qu’ il arraivait à Marco de faire des erreurs, il réparait comme il pouvait et se disait à lui-même :

– J’allume la lumière en moi et je me regarde ! Je suis si beau et merveilleux ! Une erreur c’est rien qu’une erreur mais moi, Je suis un Soleil pour moi-même !

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